Le patrimoine culturel maritime

La pirogue

La pirogue mahoraise est creusée dans du bois de badamier, de manguier ou de takamaka minutieusement sélectionné par le pêcheur lui-même. La coque est creusée dans le tronc à l’endroit où l’arbre a été abattu. La « laka bourou » est taillée dans un seul bloc de bois alors que la « laka ya mbatri » est rehaussée sur les côtés. 
La pirogue locale, munie d’un seul balancier, est mue par des pagaies et occasionnellement à l’aide d’une voile, contrairement aux pirogues zanzibarites ou comoriennes qui possèdent deux balanciers leur permettant d’avancer à la voile.
 

La pirogue à voile

Le fundi Bacar Hairani présente la pirogue à voile.

Fanny Cautain / Office français pour la biodiversité

Le fundi Bacar Hairani présente la pirogue à voile.

Fanny Cautain / Office français pour la biodiversité

Pirogue traditionnelle dans la mangrove.

Pirogue traditionnelle en bois stockée dans la mangrove.

Julie Molinier

Pirogue traditionnelle en bois stockée dans la mangrove.

Julie Molinier

Selon le calendrier musulman, la première  mise à l’eau de la pirogue doit se dérouler un samedi, jour désigné pour les activités liées à la mer, en présence d’un fundi* qui récite des versets protecteurs du Coran.
La pirogue traditionnelle en bois est encore aujourd’hui l’embarcation la plus utilisée par les Mahorais même si elle est concurrencée par les embarcations plus modernes en résine et motorisées. La fabrication traditionnelle est en déclin à car les fundis* maîtrisant les techniques de fabrication sont de plus en plus rares, les jeunes se désintéressent de la pirogue et l’abattage des arbres est réglementé. 


*fundi : celui qui détient un savoir et le transmet.
 

Les épaves

Une douzaine d’épaves gisent autour de Mayotte. Elles sont diversifiées et l’on peut trouver aussi bien des barges de transbordement de matériaux qu’un remorqueur, des grappins et des ancres, les restes d’un charbonnier ou encore des boulets et des restes de cibles d’une ancienne zone de tir. Si certaines épaves ne sont pas datées, d’autres sembleraient être des vestiges du 20ème siècle. On les trouve à l’est, au nord et au sud et elles ont pour point commun d’être sur des zones où la navigation pouvait être difficile pour certains navires à cause de leur tirant d’eau ou leur faible pouvoir manoeuvrant , de la présence de patates de corail, des passes tortueuses, ou de forts courants. Sur le récif barrière par exemple, proche de la passe en S, un navire à vapeur a percuté la pente externe du récif, y laissant une brèche.

Une épave au large de Bandrélé.

Un plongeur du Parc étudie une épave au large de Bandrélé.

Clément Lelabousse / Office français pour la biodiversité

Un plongeur du Parc étudie une épave au large de Bandrélé.

Clément Lelabousse / Office français pour la biodiversité

Aujourd’hui, ces épaves ne présentent pas d’intérêt archéologique mais restent des témoins historiques d’un passé proche. Certaines, comme la barge de Bandrélé, sont fréquentées par les plongeurs, d’autres ont été colonisées par les coraux et sont désormais des dispositifs de concentration de poissons où l’on observe des juvéniles.

Les contes et légendes mahorais

Le milieu marin est un thème récurrent dans les contes et légendes traditionnels mahorais. Il est dépeint aux enfants comme un lieu mythique où se déroulent des événements inexplicables, où vivent des créatures et des esprits. C’est un milieu mal connu dont beaucoup se méfient encore aujourd’hui.
Les djinns, les esprits, sont très présents dans les récits traditionnels. Lorsqu’ils sont malfaisants, ils sortent souvent des profondeurs pour jouer de mauvais tours aux humains. Mais ils peuvent être bienveillants et apparaître sous la forme de créatures emblématiques, comme le requin-baleine (papa dadi) ou la raie, souvent à l’origine du sauvetage d’êtres humains en perdition dans l’océan. 
Le symbolisme des animaux marins est aussi beaucoup employé dans les contes populaires mahorais où ils incarnent des comportements, des attitudes ou des émotions humaines. 
Des contes et légendes se sont également constitués autour de formations géologiques particulières comme les îlots ou d’autres éléments naturels comme les trombes d’eau. 
 

Les pièges à poissons

Au bord de certaines plages, on peut observer dans l’eau des cercles constitués de pierres juxtaposées. Ce sont d’anciens pièges à poissons construits par les hommes. Faisant office de barrages aux poissons, ils permettent de prélever simplement les captures prises au piège lors de la marée descendante. Si l’on en trouve beaucoup à travers le monde, nous ne les connaissons pourtant que très peu.


A Mayotte, une datation au carbone 14 sur des huîtres a permis de les dater au 16ème siècle. Ils ne sont plus utilisés depuis longtemps et leur utilité est presque tombée dans l’oubli sur notre île. Une enquête anthropologique a cependant permis d’apprendre que chaque piège appartenait à une famille et que l’on pouvait ainsi rencontrer plusieurs pièges aux abords d’un village. Il y aurait plusieurs typologies de pièges liés à leur emplacement sur le platier. Sur un même site, des pièges disposés à différents niveaux permettaient de pêcher toute la journée.
 

Un piège à poisson.

Un piège à poissons aperçu à marée basse sur la plage de Poudjou.

Amandine Escarguel / Office français pour la biodiversité

Un piège à poissons aperçu à marée basse sur la plage de Poudjou.

Amandine Escarguel / Office français pour la biodiversité

Les pièges à poissons ont encore beaucoup de secrets qui restent à découvrir.

Les rituels maritimes

A Mayotte, le rapport au lagon s’exprime aussi par la pratique de rituels maritimes. L’eau de mer étant considérée comme pure, ces rituels sont associés à des fonctions purificatrices, religieuses ou spirituelles. 
Des bains de mer sont préconisés à des moments clés de la vie, après un accouchement ou une circoncision par exemple. L’eau de mer est alors utilisée pour ses fonctions thérapeutiques. 
La pureté de la mer est aussi liée au coran. Les enfants y lavent leur bao, la tablette en bois qu’ils utilisent à l’école coranique. En effet, les sourates qu’ils y inscrivent ne doivent pas être lavées avec de l’eau impure. Les corans trop usés pour être encore utilisés y sont aussi fréquemment jetés en entier.
Enfin, la mer est le lieu de rituels animistes. En s’y baignant on se débarrasse des éléments négatifs d'ordre surnaturels empêchant un individu d'avancer dans sa vie. Mais on y jette aussi les restes des animaux sacrifiés lorsqu’on appelle les esprits. 
 

Le masque de msindzano

Le msindzano est le masque de beauté traditionnel des femmes mahoraises, appliqué au quotidien ou lors de cérémonies et fêtes sous forme de motifs décoratifs dessinés sur le visage. Le mot « msindzano » désigne aussi bien le bois, la pâte que le masque en lui-même. Ce masque, d’une valeur culturelle indéniable, a aujourd’hui des fonctions diverses de protection contre les agressions du soleil, les maladies de peau et les insectes. 
 

Pêcheuse portant le msindzano.

Pêcheuse à pied portant le msindzano.

Fanny Cautain / Office français de la biodiversité

Pêcheuse à pied portant le msindzano.

Fanny Cautain / Office français de la biodiversité

Porites taillé.

Le Porites taillé en cube.

Karani Andaza / Office français de la biodiversité

Le Porites taillé en cube.

Karani Andaza / Office français de la biodiversité

Porites.

Vue du récif à marée basse avec une dominance de coraux massifs dont des coraux poreux (Porites sp.).

Alexandra Gigou / Office français pour la biodiversité

Vue du récif à marée basse avec une dominance de coraux massifs dont des coraux poreux (Porites sp.).

Alexandra Gigou / Office français pour la biodiversité

Le Porites, un corail dur, est le matériau naturel dans lequel sont sculptés les tabourets (ou pierres) à msindzano servant à la fois de râpe et de liant pour la fabrication du masque de beauté traditionnel. Les artisans vont chercher les blocs de Porites (Porites lutea, Porites lobata et Porites solida) sur le tombant récifal à marée basse. Ils détachent le corail vivant d’une colonie jeune en découpant un cube. Après avoir travaillé le cube de corail, l’artisan obtient un tabouret de msindzano à quatre pieds et pesant de 1 à 1.5 kg.
Les femmes mahoraises reçoivent leur premier tabouret de msindzano, « bwe msindzano », en cadeau de mariage. Elles en posséderont en moyenne 6 ou 7 dans leur vie.
Le tabouret est aussi utilisé pour écraser des plantes entrant dans la préparation de remèdes ou de pâtes condimentaires.

Le sel de Bandrélé

La pratique de la récolte de sel est ancienne et se réalise aujourd’hui dans le cadre de l’écomusée de Bandrélé par les « mamas shingos », shingo signifiant sel en langue mahoraise . L’association, composée de femmes uniquement, récolte, conditionne et vend la production à l’écomusée qui fait office de coopérative pour la revente au guichet.
Autrefois, les femmes se transmettaient ce savoir-faire, le sel étant utilisé pour la conservation quotidienne des aliments.
Cette récolte se fait en plusieurs étapes. Les femmes ramassent tout d’abord le limon chargé de sel sur la zone d’arrière mangrove. Ce limon, dilué avec de l’eau douce tirée d’un puits, est ensuite filtré dans des marmites trouées au au fond desquelles se trouvent un sac de riz et du sable grossier servant de filtre. La filtration dure une demi-journée. L’eau filtrée, chargée de sel, est chauffée sur des feux de bois dans de grands bacs en métal à deux reprises pour obtenir une cristallisation très fine. L’évaporation dure une journée. Le sel peut alors être récolté à raison de 15 à 20 kg par jour.
 

collecte du sel de Bandrélé

En phase d'évaporation sur cette photo, la collecte du sel est principalement réalisée par des femmes.

Isabelle Bedu / Office français pour la biodiversité

En phase d'évaporation sur cette photo, la collecte du sel est principalement réalisée par des femmes.

Isabelle Bedu / Office français pour la biodiversité